Cem Mansur, qui a étudié la musique à la City University de Londres, la Guildhall School of Music et le Los Angeles Philharmonic Institute, est un vrai musicien qui s’est dédié à relier les gens entre eux à travers l’atmosphère chavirante du spectacle d’un concert live. Pour cette mission, le chef d’orchestre Mansur encadre des programmes extraordinaires. Dans le même temps il conduit l’Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale, constitué de 93 étudiants de 10 différentes écoles et sponsorisé par TAV Airports.
Mansur, qui a dirigé le Istanbul State Opera (Opéra d’Etat d’Istanbul) durant huit années de 1981 à 1989, a concentré son travail à l’étranger après 1985. Ces dix dernières années il a été le chef d’orchestre du Akbank Chamber Orchestra (Orchestre de Chambre d’Akbank). Avec à son répertoire d’extraordinaires et inoubliables travaux qui couvrent une large palette du Baroque à l’époque contemporaine, Mansur est également le Président d’Honneur du deuxième plus vieux chœur d’Angleterre, le Ipswich Choral Society. Il se prépare à délecter les auditeurs de music à la fois en Turquie et dans de nombreuses autres villes européennes avec son projet le plus excitant, l’Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale.D’après Mansur, la musique aide les gens telle un remède pour chaque problème. Si vous l’écoutez vraiment vous pouvez trouver la clé de l’équilibre, la proportion, l’histoire, la géographie, la paix et la philosophie… nous écoutons…
Après 1985 vosu vous êtes concentré sur votre travail à l’étranger; vous avez travaillé en Europe du Nord et Europe Centrale, en Espagne, au Mexique, en Israël, Afrique du Sud et Russie… Qu’est-ce que travailler dans autant de géographies, et des géographies si différentes, a changé en vous ? Comparez-vous l’environnement musical, le public et les opportunités qu’ont les musiciens dans ces pays avec ceux en Turquie ?
CEM MANSUR: si la carrière d’un musicien se développe de la façon dont elle est prévue, la dimension internationale y est incluse par nécessité… J’ai dirigé le Oxford City Orchestra pendant huit ans; et j’en suis toujours un chef d’orchestre invité. Mais bien sûr lorsque je suis parti à l’étranger après avoir quitté le l'Opéra d'Etat d'Istanbul et les huit années à Oxford, il y avait bien évidemment des moments où je faisais des comparaisons. Mais ce n’était pas des comparaisons négatives tout le temps… Il y a de nombreux systèmes différents, des niveaux de technique différents et de nombreuses disciplines. J’en ai toujours appris quelques choses. J’ai réalisé qu’en Turquie nous nous situons quelque part au milieu dans ce domaine, ainsi que pour de nombreux autres sujets. Nous ne devrions pas oublier que nous ne devrions pas avoir peur de nous comparer aux standards internationaux les plus élevés. Parce que si vous ne travaillez que dans votre pays, dans votre subconscient vous commencez à accepter que les infrastructures sont les meilleures et vous arrêtez de croire que vous pouvez vous améliorer. Cependant cela peut s’avérer meilleur que ce à quoi l’on s’attendait. Lorsque vous travaillez dans des endroits où « mieux » est la norme, vous pouvez le faire. En ce sens il est bon de comparer. J’étais principalement à l’étranger entre 1985 et 1997, aujourd’hui je suis plus en Turquie ; en fait en tant que musicien cette période est plus satisfaisante pour moi… Bien sûr cela procure beaucoup de joie de conduire dans chaque très bonne salle de concert, spécialement dans les programmes à l’étranger où je n’ai aucune responsabilité administrative. Mais malgré la façon dont je me sens en tant que musicien j’apporte des contributions significatives ici en Turquie... On pense que cette discipline est un désir de devenir plus occidental ; mais cela fonctionne très bien dans des sociétés qui se définissent comme orientales. En Europe, ils sont habitués à beaucoup de choses, mais dans des endroits comme la Turquie vous pouvez observer la force de la musique universelle.
Vous étiez le directeur artistique et le chef d’orchestre du premier Orchestre Symphonique International pour Enfants en Turquie, établi en 2004. Ceci sous l’égide du projet de l’Association Philarmonique de Bursa, qui était principalement soutenu par l’Union Européenne. Cet orchestre fut mis en place à travers la participation de 42 enfants âgés entre 11 et 16 ans... Plus tard vous avez établi l'Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale et vous en êtes toujours le chef d'orchestre. Quel genre d’expérience représente le fait de travailler avec des enfants et des jeunes ?
CEM MANSUR: Il est bien sûr très amusant de travailler avec des enfants… L’Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale (UGSO) est la chose la plus plaisante qu’il y ait dans ma vie en ce moment… Cet orchestre est ouvert aux étudiants de collèges et on y trouve une technique très avancée. On dit « Wouah, qu’est ce que ce travail pourrait être de plus en Turquie? » en voyant tant de jeunes musiciens jouer aussi bien. Mais après l’école il y a des maladresses, particulièrement dans le système gouvernemental en Turquie ; les performances des enfants âgés de 18 et 19 ans n’atteignent pas le niveau qui devrait être atteint après 10 ans. C’est très triste…
L’enthousiasme et l’excitation se perdent probablement avec le temps…
CEM MANSUR: Chez les professionnels cet enthousiasme et cette excitation doivent être préservés car il s’agit d’un travail et les gens le font pour gagner leur vie. Ceci peut nous faire oublier pourquoi nous avons choisi la musique comme un métier et même le fait que nous ne pouvons pas faire un autre métier. En Turquie les institutions gouvernementales jouent un grand rôle par rapport à cela car elles ne sont pas compétitives mais stationnaires. Il est rare que de très bons orchestres montent sur la scène. Ceci dit le manque de compétition est le plus grand ennemi de la musique.
Quel est le programme de l’Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale ce prochain trimestre ?
CEM MANSUR: Si nous pouvons réunir tout le monde pendant les vacances semestrielles, nous prévoyons deux autres concerts avec l’équipe 2009. Cet orchestre est renouvelé chaque année à travers un examen. Notre but est de donner à tous les mêmes chances de connaître cette expérience. Ainsi, cinquante pourcent de la liste changent chaque année.
Comment sont-ils sélectionnés ?
CEM MANSUR: Les étudiants de conservatoire qui veulent joindre l’orchestre passent un examen et donnent une courte audition. Pendant l’hiver nous allons sélectionner l’orchestre pour l’été 2010. L’été prochain nous allons camper 15 jours à l’Université de Sabanci et y donnerons deux concerts. Nous aurons des séminaires intéressants, distrayants, ouverts au public et appelés le Laboratoire de la Démocratie, où nous discuterons de ce que l’on peut apprendre des travaux de l’orchestre. Plus tard, nous partirons sur une longue tournée européenne en commençant par l’Allemagne et en finissant en Italie. Ceci est très important pour les jeunes car ce sera une précieuse expérience qui encouragera l’excellence par le fait de jouer dans les pays européens les plus importants, dans les meilleures salles de concert et pour des publics qui sont habitués à ce qui se fait de mieux.
Le concert de l’Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale que vous avez dirigé au Palais de Topkapi en Août 2009 fut la cible d’un sabotage, comme ce qui est arrivé à Idil Biret. Ces provocations ont-elles eu des effets négatifs?
CEM MANSUR:Il y avait des gens, en particulier de la communauté de la musique, qui pensaient que ces jeunes musiciens ont besoin d'être soutenus dans n'importes quelles conditions. Mais il y a peut-être eu des gens qui ne sont pas sortis par peur. La peur est très compréhensible dans une telle situation... Cependant je suis très content ; les gens qui ont provoqué les incidents au concert d’Idil Biret sont poursuivis malgré les excuses publiques… Parce que des gens ont été menacés dans un espace public ; il devrait y avoir une clause pour cela dans le Code Criminel Turc… Il serait horrifiant de laisser une telle violence impunie en Turquie. Voyons voir les résultats du procès.
Quelle est votre opinion sur l’éducation musicale en Turquie?
CEM MANSUR:L’un de nos buts en établissant l’Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale est de pousser les jeunes à penser à ce que signifie être musicien avant ce que signifie être professionnel… Dans nos conservatoires, techniquement, l’éducation des instruments est très bonne. Mais lorsque nous demandons « Pourquoi faisons-nous ce travail ? », très peu connaissent la réponse. Nous contribuons peut-être à leur éducation en pensant à ce sujet, en croyant qu’ils ont peut-être un rôle dans la société en tant que musiciens.
Quand avez-vous réalisé cela à votre propre sujet ?
CEM MANSUR: J’ai commencé la musique très tard, quand j’avais 19 ans. Pour cette raison, je connaissais déjà ma préoccupation et pourquoi je voulais jouer de la musique à cet âge. Personne ne m’a dirigé vers la musique ; je ne suis pas un très bon exemple vu que j’ai décidé de devenir musicien lorsque j’ai commencé à penser à moi-même. Je me préparais à recevoir une éducation d’ingénieur, mais seulement parce que je ne savais pas quoi faire d’autre. J’étais faible et pas intéressé par les sujets techniques et mathématiques, mais je pouvais penser la musique de manière analytique. J’étais très mauvais en mathématiques à l’école, mais je peux passer des jours à essayer de comprendre comment une pièce a été construite mathématiquement. On dit que les musiciens comprennent très bien les mathématiques. Cependant, cela n’est pas si simple puisque la musique est construite mathématiquement mais elle est en fait sous une forme abstraite… Je ne m’intéresse pas aux mathématiques mais je peux me casser la tête pendant des mois pour trouver comment un compositeur a relié deux lignes entre elles.
S’est-il passé quelque chose qui vous fasse sentir la puissance paisible de la musique et témoigner de cette puissance ?
CEM MANSUR: J’ai été témoin de cette puissance à la fois en Turquie et dans d’autres endroits. Par exemple, au Venezuela, un miracle s’est produit petit à petit pendant 30-35 ans. L’on peut observer un enfant accro à la violence dans un quartier pauvre devenir une magnifique personne civilisée par le biais de la musique. En Afrique du Sud il y avait un festival multiracial de la jeunesse que j’ai dirigé et j’y ai également été témoin de cela. J’ai rencontré des enfants ayant des problèmes avec la police, la famille et l’école jusqu’à ce qu’ils prennent des cours de violon. Pendant les concerts anatoliens de l’Orchestre de Chambre d’Akbank vous pouvez voir comme la musique est partagée et le partage est rendu possible par la musique live. Il existe des exemples similaires à Istanbul ; on voit comme il est facile d’atteindre les gens qui sont habitués au répertoire traditionnel avec de la musique extraordinaire. Il y a tant de cas comme cela… Mehmet Baki, un architecte, a lancé un système d’éducation musical dans une école à Edirnekapi avec ses propres moyens. En tant que citoyen qui croit au pouvoir de la musique il a convaincu l’administration de l'école et a fondé une école de musique dans un hangar à charbon désaffecté. Là les enseignants ont donné des cours d’accordéon et de solfège. Bientôt ils vont enseigner des instruments à cordes. Aujourd’hui deux bâtiments pour la musique avec des salles de concert ont été construits pour eux derrière le musée de Kariye… J’ai eu une conversation avec ces 200 gosses… Des enfants de groupes sociaux défavorisés âgés entre 7 et 12 ans… Je n’ai jamais rencontré d’enfants avec un tel amour propre et une telle responsabilité, avec lesquels vous pouvez discuter, comme ces enfants qui ont pris deux années de cours de musique en Turquie ; indifféremment de la classe sociale. Vous savez d’où ils sont venus et vous connaissiez leur vie avant qu’ils ne commencent à prendre des cours de musique ; ce sont tous de brillants enfants… Et il y a en Turquie des gens qui essaient d’accomplir cela de leur propre initiative. La DeutscheBank a récemment fait l’éloge de ce projet.
Des jeunes en connexion avec la musique à l’Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale L’Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale, fondé et dirigé par Cem Mansur, et incluant 93 étudiants de 10 différentes écoles, existe depuis 3 ans. 50 pourcent des joueurs de l'orchestre changent chaque année. Des étudiants de 10 universités, Anadolu, Akdeniz, Bilkent, Cukurova, Dokuz Eylul, Hacettepe, Istanbul, Mimar Sinan, Trakya, Uludag et Yildiz Teknik, ont rejoint l’Orchestre 2009. Mansur dit qu’ils veulent donner une chance à chaque étudiant, et il ajoute « le vrai but de ce projet est de convaincre chacun qu’il peut être le meilleur. »
Mansur insiste sur le fait que les étudiants ne sont pas traités comme des enfants pendant les répétitions : « Je dis aux jeunes « ceci n’est pas un orchestre d’étudiants, vous ne serez pas traités comme des enfants. » » Il s’agit ici d’un orchestre dans lequel tout le personnel est composé d’étudiants. Cela signifie que vous allez jouer les pièces pour orchestres les plus poussées à un niveau de compétition internationale de haute qualité. Cela peut paraître trop prétentieux, mais nous essayons de travailler au niveau le plus élevé. Des travaux comme Francesca da Rimini et la Poésie Symphonique de Tchaikovsky, Alborada del Gracioso de Ravel sont les travaux les plus difficiles de la littérature orchestrale. Le BBC Symphony Orchestra essaie également de les jouer. Je dis ceci le premier jour: «Ici je ferai tout comme je le fais lorsque je conduis le London Royalty Philharmonic Orchestra. Vous prendrez vos responsabilités et y répondrez en conséquence.» Naturellement ceci motive une responsabilité complètement différente et le respect de soi.»
L’année dernière, TAV Airports Holding était l’un des sponsors de l’Orchestre Symphonique de la Jeunesse Nationale qui est administré à travers des sponsorats.
Vous avez recommencé à travailler avec le Comité d’Action d’Istanbul Capitale Européenne de la Culture 2010. N’est-ce pas ?
CEM MANSUR: J’avais renoncé à être le directeur de la musique pendant un an à peu près. Je n’étais pas d’accord avec l’administration au sujet de la direction que prenait la musique ; d’un autre côté, j'avais la responsabilité mais pas d’autorisation. En ce moment je suis toujours conseiller pour certains projets. Musicalement parlant, attendre trop longtemps pour faire quelque chose de bien, qui ait du sens et soit pérenne, c’est perdre du temps avec les mauvaises personnes et le mauvais système. Cependant, le mois prochain nous allons démarrer un programme d’éducation musicale, incluant des séminaires pour les professeurs de musique dans les villes et des concerts expliqués pour les enfants. A mon avis, plus nous ferons ce genre de choses, mieux ce sera.
A votre avis y a-t-il un côté missionnaire au fait de jouer de la musique?
CEM MANSUR: Oui il y en a un et il devrait toujours y en avoir… Je me vois comme étant de service au sujet de nombreuses questions. La musique est un outil d’apprentissage incroyable. D’abord, la musique aide à unifier l’existence physique et le monde intellectuel de manière parfaite. C’est le seul outil qui nous rappelle quelles magnifiques créatures nous sommes capables d’être à la fois dans notre esprit et notre corps… A travers la musique l’on apprend l’équilibre et la proportion, en écoutant la voix de l’autre. Elle montre que ce n’est pas celui qui crie le plus fort qui a toujours raison. Nous visons à démontrer cela au laboratoire de la démocratie. En outre c’est une bonne façon d’apprendre la pensée abstraite et l’expression de soi…Jouer de la musique nous rappelle qu’il y a des choses à partager plus profondes que les mots… De plus, écouter de la musique live est la clé de la perception du temps et pour vivre une vie avec un sens. Parce que la matière première de la musique est le temps, la même chose s’applique à nos vies. La plus forte métaphore pour saisir chaque instant de la vie est d’écouter de la musique live. A travers la musique l’on apprend l’histoire, la philosophie, la géographie. La Physique est une autre matière inhérente à la musique vu que la voix est la vibration de l’air. Ce n’est pas une coïncidence que la musique relie tous les habitants de la Terre. Même le football n’est pas aussi unificateur ; il n'y a probablement que très peu de personnes qui n’ont pas de musique dans leurs vies… La musique est le dénominateur le plus commun…
Il existe de nombreux programmes que vous avez conçus pour l’Orchestre de Chambre d’Akbank: “Bach, Jazz et l’Âge de la Tulipe’, “Alla Turca”, “1789/ La Musique d’Akl-I Selim (sens commun)”, “Mélodies”… Ces programmes ont-ils créé un intérêt inhabituel ?
CEM MANSUR: Je crois que oui parce que l’Orchestre de Chambre d’Akbank prouve qu’il y q de la musique extraordinaire en Turquie au-delà de ce que nous entendons normalement… Je crois qu’un concert devrait avoir un thème et qu’il devrait communiquer quelque chose. Cela devrait perpétuer quelque chose qui ne peut pas être partagé en écoutant un CD à la maison. Vous ouvrez une porte sur l‘écoute d’une musique plus stimulante lorsque vous combinez un morceau extraordinaire avec un morceau bien connu. Car soit il y a une mélodie, un sujet et un point de philosophie communs avec l’autre ou peut-être l’amitié des deux compositeurs. Puis les gens écoutent quelque chose au-delà d’un morceau de musique abstraite dans lequel personne ne prend la peine de leur dire quoi que ce soit…
Avez-vous un rêve, un but que vous souhaitez réaliser dans les années à venir?
CEM MANSUR: Avant toute chose j’espère que le Symphonique la Jeunesse Nationale obtiendra le soutien nécessaire et qu’il réalisera son potentiel. Ce genre de soutien est très crucial, pour poursuivre à la fois l’éducation et le prestige de la Turquie. Mon but est d’améliorer cela…